Journée nationale de la spiruline, aliment aux 1000 vertus
Journée nationale de la spiruline, aliment aux 1000 vertus
04/2012
La spiruline, la micro-algue bien connue en Asie et en Inde est aussi cultivée en France. Ses producteurs, surtout basés dans le sud de l’Hexagone revendiquent une culture artisanale et à taille humaine à contre-courant des exploitations industrielle développée en Chine ou aux Etats-Unis, afin de garantir une spiruline aux vertus intactes. Un produit santé, naturel et français.
Spriuline : la filière française
Ils étaient 3 producteurs français de spiruline en 2004. Ils sont près de 80 en 2012 principalement basés dans les trois régions du sud du pays : Languedoc Roussillon, PACA et Midi Pyrénées. « Les installations sont exponentielles depuis 2008, on les estime à plus d’une vingtaine par an», explique Cédric Lelièvre, Président de la Fédération des Spiruliniers de France, lui-même producteur dans les Pyrénées (Le Chant de l’eau).
Une progression exponentielle de producteurs de spiruline
Que s’est-il donc passé ?
D’abord la découverte des multiples bienfaits de la spiruline. Puis il y a eu la création de la première formation officielle à la culture de la spiruline, en 2005. Elle ne désemplit pas depuis. Elle a été créée au Centre de Formation Professionnelle et de Promotion Agricoles (CFPPA) de Hyères dans le Var, sous la houlette de Claude Villard, inlassable défenseur de la spiruline et de sa vocation à nourrir le monde et surtout l’Afrique.
La spiruline, un état d’esprit… durable
L’inscription à cette formation implique d’ailleurs de signer une charte d’engagement à aller cultiver ou à apporter de la spiruline à des ONG dans les pays du Sud. Cette dimension humanitaire, impliquant aussi les grands principes du développement durable sous toutes ses formes lors de la culture de la spiruline, est l’une des explications au développement de la filière française : « Les gens viennent à la spiruline par passion, pas par appât du gain », confirme Cédric Lelièvre, devenu lui-même producteur pour répondre à ses aspirations écologiques et sociales.
« La spiruline rassemblait tous ces sujets », ajoute-t-il. « C’est un état d’esprit au plus proche de la nature et du produit, et… beaucoup de travail ! », témoigne encore Benoit Legrain, producteur et fondateur d’Algal, dans le Gard, qui lui aussi a été parmi les premiers à s’installer.Une Fédération des Spiruliniers de France.
Cédric Lelievre – producteur de spiruline. Après des études de protection de l’environnement , Cédric s’engage pour une agriculture durable et saine et se lance dans la production de la spiruline. D’après lui, la spiruline est notre ancêtre très lointain à tous. La spiruline a le plus grand rendement protéique à l’hectare ; ce qui en fait une solution d’espoir pour nourrir le monde de demain.
En juin 2009, à la demande de la Fédération Nationale de l’Agriculture Biologique (FNAB), une quarantaine de producteurs se sont réunis à Avignon, pour statuer sur le cahier des charges biologique de la profession. Le constat est immédiat : la profession a besoin de se structurer, d’établir un cahier des charges, d’élaborer les normes collectives de production, et se positionner devant les importations incontrôlées toujours plus massives.
La 1ère Journée de la spiruline et du développement durable est organisée en octobre 2009 dans l’Hérault, en réunissant des ONG, des scientifiques, des organismes formateurs, et des producteurs indépendants. Ils décident à l’unanimité de créer la Fédération des Spiruliniers de France. Ses objectifs pour les 5 ans à venir :
1. Structurer le groupement des producteurs,
2. Mettre en place la démarche qualité chez les spiruliniers français,
3. Améliorer les modes de culture actuelle (ingénierie, écologie),
4. Elaborer un Cursus de Formation de Spirulinier et sensibiliser le public,
5. Échanger avec la filière dans les pays du Sud.
Depuis cette date, une Journée de la Spiruline et de l’Alimentation durable est organisée en France.
> La Journée de la Spiruline et de l’Alimentation durable 2012 a lieu à Fréjus, du 6 au 9 avril, dans le cadre de la Fête des Plantes.
La spiruline, un marché de niche en train d’évoluer
Difficile d’avoir des chiffres non seulement sur le marché de la spiruline en France (il se confond avec celui des compléments alimentaires), mais aussi sur la production française. En 2008, le marché était estimé entre 40 et 50 tonnes par an. Et la production française n’en représentait a priori que 10% à 20%, selon les données de la Fédération des Spiruliniers, le reste étant couvert par les importations. « Aujourd’hui, on estime produire 20 tonnes de spiruline en France, mais il y en a certainement plus ! », reconnait Cédric Lelièvre.
Car le marché est en croissance de 10% par an, toujours selon les professionnels. Une croissance plutôt remarquable dans la mesure où la spiruline n’a pas encore fait l’objet de campagnes de communication à grande échelle et auprès du grand public. Certes, la spiruline est connue dans les régions où elle est cultivée, et par les consommateurs sensibles au bio et à leur alimentation. Mais le grand public et les autres régions de France ignorent encore tout de cette micro-algue aux incroyables vertus. Le potentiel est donc encore énorme !
Un futur label pour la spiruline française
Face aux spirulines industrielles d’importation venues d’Asie ou des Amériques présentées le plus souvent sous forme de cachets de compléments alimentaires, les Spiruliniers français veulent se démarquer.
« Un label bio est trop cher pour notre jeune Fédération pour l’instant. Il faut inventer autre chose », explique le Président de la Fédération. Le groupement de producteurs cherche à mettre en place un label des Spiruliniers de France qui reprendrait leurs valeurs, leurs engagements et leur technique artisanale. Pour se faire, il travaille actuellement sur la mise en place d’une charte de qualité avec des normes HACCP (hygiène) stricts, en collaboration avec un institut de recherche de Montpellier.
« Le label devrait voir le jour en 2013 sous le nom de Spiruline Paysanne », confie Cédric Lelièvre. Pas question pour lui d’entendre parler de spiruline industrielle : « Nous sommes contre la privatisation du vivant par des brevets déposés et intouchables. Il faut que toutes les découvertes sur ce sujet soit mis à disposition de tous, comme l’ont fait depuis 50 ans les précurseurs du développement de la spiruline en France et en Afrique, Jean-Pierre Jourdan et Claude Villard », s’emporte-t-il. Un sujet à polémique, puisque de grands industriels français comme Roquette, leader mondial des produits à bas d’amidon, sont en train de travailler sur les micro-algues et leurs potentialités.
La spiruline sous toutes ses formes
En attendant, la spiruline de production française est surtout vendue par la pluparts des producteurs sous forme de paillettes, et en spirale comme son nom l’indique, « pour garder son goût et son effet croquant », conseille Benoit Legrain.
Des produits plus originaux existent aussi, comme les pâtes, ou le chocolat à la spiruline. On est encore loin des produits dérivés comme le dentifrice, qui existent déjà en Chine où la spiruline est passée dans les mœurs non seulement alimentaires, mais aussi hygiéniques.
L’essentiel de la production française est écoulée sur les marchés avoisinants les lieux de production en Languedoc-Roussillon, PACA et Midi-Pyrénées. Et pour ceux qui n’habitent pas ces régions, il reste internet, par le biais des sites de chaque fabricant.
Comment se cultive la spiruline ?
Une production écologique et artisanale.
<< Production de spiruline Lechantdeleau dans les Pyrénées-Orientales
La spiruline se cultive dans des grands bassins couverts, entre les mois de mai et d’octobre. « Une culture de spiruline, c’est une surveillance de chaque instant, comme le lait sur le feu ! Notre culture est réalisée sans aucun fongicide, herbicide, ni insecticide. La récolte se fait par filtration, pressage puis extrusion afin de ne pas briser les spirulines. Ainsi nous limitons au maximum toute oxydation et altération du produit. Le séchage est réalisé chaque jour dans un séchoir solaire pour répondre à nos valeurs d’économie d’énergie et de qualité du produit. La température inférieure à 40°C garantie une conservation maximale des molécules fragiles type vitamines, enzymes, et pigments. Notre spiruline pure sans conservateur, ni agglomérant », raconte Cédric Lelièvre.
Le séchage est une étape fondamentale. C’est elle qui différencie, entre autre, les produits français des autres industriels importés. « En Inde ou en Chine, le séchage se fait par atomisation à des températures plus élevées en vue d’être broyée pour pouvoir être présentée sous forme de gélule. Elle s’oxyde plus vite », explique Benoit Legrain.